E.H.P.A.D
Etablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes.

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Introduction au projet d'établissement

Je vous propose de poser un regard dualiste sur le fonctionnement de l’établissement, que nous pourrons aisément élargir sur un plan plus général : régional voir national.

C’est avec un regard qui se veut circonspect basé sur la réalité de nos quotidiens, au détour d’une pause, d’une prise de recul.

1er regard soucieux, interrogatif, préoccupé :

Il est impératif de partir de ce que nous vivons: nous avons tous, nous le personnel, les familles, les résidents, les autorités de tutelles, des exigences de qualité, d’accompagnement, d’hygiène, de sécurité de présence, de plus en plus pointues et inaccessibles. Ces exigences sont légitimes à plusieurs titres :

  • Le personnel, en attente d’un travail: de qualité, décent, épanouissant, respectueux de vos limites, reconnu, bien rémunéré, une organisation parfaite, etc.
  • Les familles en attente: d’un accompagnement individualisé, d’une organisation qui puisse limiter les effets de la perte du domicile, limiter les effets négatifs de l’institution, la culpabilité d’avoir abandonné son (sa) proche, la peur de la maltraitance etc.
  • Les résidents dans l’angoisse de : la solitude, l’indifférence, l’anonymat, le sentiment d’être un poids, de ne plus rien avoir à donner et à aimer, etc.
  • Les autorités de tutelle : ont des politiques sociales qui paraissent toujours davantage subordonnées aux seuls objectifs économiques et, maintenant, aux seuls objectifs financiers, au détriment des droits fondamentaux de la personne qui disparaissent (droit à la santé, droit au travail, droit à une vie décente…)

…Mais pour lesquelles (les attentes et exigences) nous n’avons pas encore les moyens, humains, financiers indispensables pour donner une réponse qui puisse satisfaire l’ensemble des demandeurs et de leurs demandes.

Nous vivons tous, me semble-t-il, au-dessous de nos besoins légitimes, de nos attentes fondamentales de nos préoccupations récurrentes, ce qui entraine inévitablement de l’incompréhension, de la frustration, de la colère, du laxisme, voir du découragement.

A ne pas oublier :

  • Nous ne pourrons jamais, car ce n’est pas notre rôle, nous substituer au domicile. Nous sommes, et il est important d’en prendre ou d’en reprendre conscience, en institution, en collectivité. Vivre en collectivité, pour des personnes contraintes, dans la « non adhésion » (95% des personnes rejoignent une institution contraintes et forcées), engendre inévitablement des comportements qui peuvent nous sembler inadaptés et des attentes souvent irréalistes.

 

Nous ne pourrons pas empêcher cet état de fait, autant pour les familles que pour le résident, d’avoir été dépossédé d’un droit aussi légitime que celui de la propriété, de la liberté et de l’autonomie. Cette perte de droit ne nous incombe pas, elle fait partie de la vie intime et personnelle de chacun, c’est un chemin, un itinéraire que chaque résidant et sa famille doivent arpenter chacun à son rythme, avec ses souffrances et ses répits.

  • Nous n’avons pas fonction, dans un établissement médico social, de guérir (au sens sanitaire du terme) les résidents, nous ne sommes pas un hôpital (les gens sont hospitalisés pour des pathologies, après diagnostic et traitement, ils ressortent guéris ou soulagés). Nous avons une obligation de moyens, dans ce type d’institution, qui relève de l’accompagnement, du soutien et dans la préparation mutuelle à la séparation inexorable, sauf exception, qui sera la mort. Chaque instant passé avec le résidant, est un instant privilégié, qui doit nous permettre de nous préparer à affronter la mort inéluctable. Au niveau des soins, il est essentiel de changer notre conception de la finalité,car nous allons nous heurter à nos incapacités, nos échecs devant l’évidence que nos "patients/résidents" ne guériront pas: on ne guérit pas de la vieillesse ! Notre objectif commun, quelles que soient nos compétences, sera de prioriser un soutien professionnel « type palliatif »,  de confort, de mieux-être et de mieux-vivre.

 

Compte tenu, de ces quelques réflexions, nous nous devons de poser un constat : nous vivons au dessous de nos besoins et au dessus de nos moyens. C’est un paradoxe, à terme intenable, et qui consciemment ou inconsciemment dérange nos équilibres fondamentaux.

2ème regard optimiste, motivé et confiant dans les valeurs humaines et professionnelles de chacun :

Afin d’être des personnes responsables, on ne peut pas attendre d’avoir tous les moyens nécessaires pour entreprendre, initier des actions de qualités pour le bien et le mieux-être des résidants et du personnel.

Nous sommes en grande majorité une équipe soucieuse de travailler en complémentarité  en donnant du sens à nos actions, en nous formant, en collaborant dans une approche qui puisse garantir au plus près de nos possibilités : la qualité, la bientraitance, la sécurité dans une éthique empathique.

On côtoie tous les jours la souffrance, la grande dépendance, la mort, mais aussi la reconnaissance, les sursauts de vie, les projets ou les non projets qui sont des projets, les sourires et les attentes…

On voit, si on prend un peu de recul et de hauteur sur nos difficultés inhérentes à nos fonctions, que notre travail porte un peu d’espoir et d’espérance à nos aînés. On peut avoir conscience qu’on participe, à notre niveau, à l’un des plus grands défis contemporains qui est celui du très grand âge et du conflit entre les générations ou la pyramide des âges s’inverse.

Force est de constater que les résidents intègrent les maisons de retraites de plus en plus tard, quand il n’y a plus la moindre possibilité de rester chez soi. Cela conduit inévitablement à modifier le profil de nos établissements qui sont marqués de plus en plus par la fin de vie. Dès lors, un paradoxe se fait jour: notre établissement doit être un lieu de vie et non pas un mouroir, mais par ailleurs la mort y est, et y sera très, et de plus en plus présente. Tout l’enjeu est là, comment accompagner un résidant qui va mourir de sorte qu’il reste jusqu’au bout un vivant, un citoyen ? Tant il est vrai que la mort sociale, affective, psychologique, ont vite fait de précéder la mort réelle.

C’est une réalité, la mort est tabou, on n’ose pas en parler et encore moins la regarder en face. La mort constitue un échec, une intruse qui ne doit pas avoir le dernier mot. Moyennant quoi, elle reprend ses droits d’une manière anarchique et pathogène.

On a besoin, c’est une évidence de s’épauler, de former une équipe, soudée dans une même approche tournée vers un même objectif philosophique commun, qui est de garantir aux résidents, la dignité, le respect, les droits fondamentaux, de pouvoir vivre comme ils le souhaitent jusqu’à leur dernier souffle.

C’est à partir de cette introduction, que nous allons travailler ensemble, pour le bien commun, à l’élaboration d’un projet d’établissement basé sur ces fondamentaux.

Le directeur